ChokeDu grand et merveilleux Chuck Palahniuk
Roman (2001)

"Victor Mancini, obsédé sexuel et fils modèle, est ruiné par l'hospitalisation de sa mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Pour faire face à ses dépenses, il met au point un stratagème extravagant : faire mine de s'asphyxier avec la nourriture en dînant dans des restaurants chic et gagner la compassion d'une clientèle de luxe.

Entre deux crises d'étouffement au caviar, Victor travaille comme figurant dans un parc à thème historique et participe à des séances de thérapie collective pour drogués du sexe incurables. Mais c'est au chevet de sa mère qu'il retrouve intacte la folie galopante qui a ravagé son enfance.

Derrière le délire sénile de cette vieille dame indigne, parviendra-t-il à percer à jour l'hallucinant secret de ses origines ?" (Résumé)



1. Citations

(Victor parlant de ses faux étouffements)
75 : "Quelqu'un vous sauve la vie, et ce quelqu'un vous aimera pour toujours. [...]
Vous gagnez du pouvoir en jouant au plus faible. Par simple opposition, grâce à vous, les gens se sentent tellement forts. Vous sauvez les gens en les laissant vous sauver. [...]
Vous êtes la preuve vivante de leur courage. La preuve qu'ils ont été les héros. La pièce à conviction de leur succès. Je fais ce que je fais parce que tout le monde veut sauver une vie sous le regard de cent personnes. [...]
En vous étouffant, vous devenez leur propre légende, une légende que ces gens vont chérir et répéter jusqu'à leur mort. Ils croiront qu'ils vous ont donné la vie. Il se peut même que vous deveniez la seule et unique bonne action, le souvenir sur leur lit de mort, qui justifient leur existence tout entière.
Donc soyez la victime agressive, le grand perdant. Un échec professionnel.
Les gens accepteront de sauter dans un cerceau, si vous parvenez à les faire se sentir Dieu.
" 

(Victor se trouve à St Anthony, un hospice pour vieux)
89 : "C'est dur de venir ici et de ne pas endosser la responsabilité de tous les crimes de l'histoire. Vous avez envie de hurler à toutes ces figures édentées : "Oui c'est bien moi qui ai kidnappé le bébé Lindbergh."
Le truc du Titanic, c'est moi aussi. J'ai bien fait ça.
Le fameux complot de l'assassinat de Kennedy, oui, c'était moi.
Le grand gadget de la Seconde Guerre Mondiale, ce machin qu'on a fabriqué, la bombe atomique, eh bien, devinez quoi ? C'était mon œuvre.
Le virus du sida ? Désolé. Encore moi.

[...]
Tenir bon. Éviter l'affrontement direct. Fuir.
Ça ressemble assez bien à la manière dont nous abattons la besogne de nos propres existences individuelles, en regardant la télévision. En détournant notre attention. En nous branlant. Déni et refus."

153 : "Ronchonner sans cesse n'est pas la même chose que créer, dit la voix off de ma maman. Rébellion n'est pas synonyme de reconstruction. Ridiculiser ne remplace pas... [...] Ma génération, toutes nos façons de nous moquer de tout et de rien n'améliore le monde d'aucune manière, dit-elle. Nous avons passé tellement de temps à juger ce que les autres créaient que nous avons très, très peu créé de notre côté. [...] J'ai utilisé la rébellion comme manière de me cacher. Nous utilisons la critique en guise de pseudo-participation."

(Victor parlant de sa mère)
161 : "Je ne veux qu'une seule et unique personne à secourir. Je ne veux qu'une seule et unique personne qui ait besoin de moi. Je veux être un héros, mais pas uniquement une seule fois. Même si cela implique de la garder handicapée, je veux être le sauveur permanent de quelqu'un." 

203 : "L'espoir d'un instant, la Man-man avait vu la montagne sans pense au déboisage, aux stations de ski, aux avalanches, à la vie sauvage domestiquée et contenue, à la géologie de la tectonique des plaques, aux microclimats, aux zones arides à l'abri des pluies, ou aux emplacements yin-yang. Elle avait vu la montagne en dehors du cadre du langage. Sans l'encagement des associations. Elle l'avait vue sans regarder à travers la lentille déformante de toutes les choses qu'elle savait vraies concernant les montagnes. [...]
"C'est ça le but ultime, a-t-elle dit. Trouver un remède au savoir."
A l'éducation. A l'enseignement. A la vie qu'on vivait dans sa tête.
" 

205 : "Ces drogues de confort superficiel, disait la Man-man, ces régulateurs d'humeur et antidépresseurs, ils ne traitent que les symptômes d'un problème plus vaste.
Chaque addiction, disait-elle, n'était rien d'autre qu'une manière de traiter ce même problème. Les drogues, la boulimie, l'alcool ou le sexe, tout ça, ce n'était qu'une autre manière de trouver la paix. Pour échapper à ce que nous savons. A notre éducation. Notre morceau de pomme croquée.
Le langage, disait-elle, n'était rien d'autre que notre manière d'expliquer de manière convaincante les merveilles et la gloire du monde. Pour déconstruire. Pour rejeter aux oubliettes. Elle disait que les gens ne sont pas capables d'encaisser la vraie beauté du monde. A quel point elle est immense. A quel point elle est inexplicable et ne peut être comprise."

211 : "Je crie : "Si je voulais éprouver quoique ce soit, j'irais au cinéma voir un putain de film !""

211 : "Il n'existe pas d'âme chez les humains." (211)

211 : "Nous vivons et nous mourrons et tout le reste n'est que délire et illusion. [...] Que des merdes émotionnelles subjectives complètement fabriquées. Il n'y a pas d'âme. Il n'y a pas de Dieu. Il n'y a que des décisions, des maladies, et la mort." (211)

215 : "Les gens travaillaient depuis tant et tant d'années pour faire du monde un lieu sûr et organisé. Personne ne se rendait compte à quel point ce monde allait devenir ennuyeux. Avec le monde dans son entier envahi de propriétés privées, limité en vitesse, parcellé et délimité, taxé et régulé, avec tout un chacun testé et enregistré, adressé et archivé. Plus personne n'avait de place à vrai dire pour l'aventure, excepté peut-être celle qui pouvait s'acheter. Sur un manège de montagnes russes. Au cinéma. Malgré tout, ce ne serait toujours que cette variante-là de fausse excitation. [...] Et parce qu'il n'existe aucune possibilité de réel désastre, de réel risque, il ne nous reste aucune chance de réelle rédemption. De réelle exultation. De réelle excitation. De joie. De découverte. D'invention."

216 : "Sans accès possible au véritable chaos, nous n'aurons jamais de véritable paix.
A moins que tout ne puisse empirer, ça ne va pas s'améliorer." 

216 : "L'irréel est plus puissant que la réel.
Parce que rien n'est aussi parfait que ce que vous pouvez en imaginer
." 

216 : "Parce que c'est seulement les intangibles, idées, concepts, croyances, fantasmes, qui durent. La pierre s'effrite. Le bois pourrit. Les gens, eh bien, ils meurent.
Mais des choses aussi fragiles qu'une pensée, un rêve, une légende, elles peuvent continuer sans jamais s'arrêter.
Si tu peux changer la manière de penser des gens, disait-elle. La manière dont ils se voient. La manière dont ils voient le monde. Si tu fais ça, tu pourras changer la manière dont les gens vivent leur vie. Et c'est la seule chose durable que tu puisses créer."

251 : "J'admire les drogués. Les accros. Dans un monde où tout un chacun attend quelque désastre aveugle, aléatoire, ou quelque maladie soudaine, le drogué a le confort de savoir ce qui l'attend avec le plus probabilité au bout de sa route. Il assure une certaine maîtrise sur sa destinée ultime, et son addiction empêche la cause de sa mort d'être une totale surprise.
D'une certaine manière, être drogué c'est anticiper.
"

288 : "Ce que je veux, c'est qu'on ait besoin de moi.
Ce dont j'ai besoin, c'est être indispensable à quelqu'un. Ce dont j'ai besoin, c'est de quelqu'un qui me dévorera tout mon temps libre, mon ego, mon attention. Quelqu'un qui serait accro à moi. Une addiction mutuelle. [...]
C'est tout pareil à une drogue qui peut être quelque chose de bien et quelque chose de mal tout à la fois.
"

310 : "Nous sommes incapables de vivre avec les choses que nous ne pouvons pas comprendre, c'en est pathétique. A quel point nous avons besoin de voir tout étiqueté, expliqué, déconstruit. Même s'il est sûr que c'est inexplicable. Même Dieu."

341 : "Tout ce qu'on peut acquérir n'est qu'une chose de plus à perdre."

341 : "J'ai suffisamment fais d'études pour me dissuader par le discours de participer à n'importe quel plan d'action. Pour déconstruire n'importe quel fantasme. Pour expliquer n'importe quelle finalité. Je suis tellement intelligente que je suis capable de nier la réalité de n'importe quel rêve."